"L'avenir n'est fait que d'incertitude. Humains et éphémères, nous l'oublions trop souvent". Ahouansou Séyivé

vendredi 23 juillet 2010

Finkielkraut Alain, le philosophe à la triste figure.

Gentes Dames et Beaux Messieurs, venez ouïr la singulière histoire de Finkielkraut Alain, philosophe de son état, qui à force de sottises énoncées, dans l'histoire entra sous le sobriquet du philosophe à la triste figure. Il fit tant aux joutes verbales organisées par les bouffons du roi Sarkozy Ier Le Petit, qu'il obtint privilège, de son vivant figurer dans les fabliaux paillards par la plèbe chantés, les histoires de croquemitaines aux enfants racontées et les insultes sur les places publiques échangées. D'ailleurs qui, parmi vous Gentils Seigneurs et Belles Dames, au détours d'une ruelle mal fréquentée, jamais ne les entendit? Et vous altier Alain, pensiez-vous, dans l'histoire de l'espèce humaine pénétrer avec telle célérité?

En guise de préambule

Encore un blog... Un blog parmi tant d'autres.... Oui mais un blog pour quoi faire...? Le lien particulier entre le contenant et le contenu fait de cette question la principale interrogation qui a freiné, dans un premier temps, la création d'Alternatives et Cohérence. Il n'a pas été évident de s'inscrire dans cette démarche contemporaine, ce réflexe narcissico-exhibitionniste que symbolise la prise de parole sur le net. Créer un blog est aujourd'hui aussi facile que de créer une adresse mail, aussi simple que de démarrer un compte Facebook. Mais autant la conception du contenant relève d'une démarche normée, bornée et standardisée, autant le contenu permet l'individualisation, la subversion, l'expression d'une parole véritablement libre. Ce sont justement ces idées qui sont la base, le fondement, le moteur d'Alternatives et Cohérence.

Un naufrage symbolique.

Le psychodrame qui s'est joué en Afrique du sud autour de la sélection nationale est révélateur d'un mal profond qui mine la société française. Il est également symbolique que le sabordage des bleus se produise sur le continent africain où la France a indubitablement montré les limites de la mise en pratique de valeurs qu'elle se glorifie d'incarner.

Rama Yade ou le besoin d'exister.

 La secrétaire d'état aux sports, Rama Yade, a une nouvelle fois démontré, à travers ses propos sur le prix  "indécent" des nuitées de l'équipe de France dans son hôtel sud-africain, sa volonté d'exister à tout prix d'un point de vue médiatique.
Benjamine du gouvernement, symbole d'une ouverture du monde politique à la "diversité" Mme Yade a très tôt perçu les insuffisances de sa stature de femme politique. Dans un environnement phagocyté par l'activisme du président, les possibilités d'exister pour la "tigresse" du gouvernement étaient réduites à leurs plus simples expressions. Le choix était limpide, être une secrétaire d'état disciplinée et passer inaperçue ou jouer le rôle de trublion et prendre des positions iconoclastes (en apparence).

La réforme des retraites : les vérités qui dérangent.

 Le débat sur la modification du système des retraites s’annonce périlleux à bien des endroits pour le gouvernement français. Dans un pays encore fragilisé par la crise financière de novembre 2008 et lourdement handicapé par un taux de chômage record (11% selon l’OCDE), s’attaquer à ce pilier de l’état social relève de la gageure. Les français ne s’y sont pas trompés, il s’agit bien d’un débat crucial pour leur avenir et dont les conséquences peuvent porter de sérieuses atteintes à la cohésion nationale.
Et en cette matière l’inquiétude peut être de mise, car l’annonce faite par Nicolas Sarkozy d’une énième réforme du système des retraites marque une nouvelle étape de son action réformiste d’essence libérale. Sensée garantir le système d’une implosion inéluctable, elle n’est que le nouvel avatar d’une politique de destruction méthodique de l’héritage du programme du Conseil National de la Résistance (CNR) que sont les acquis sociaux mis en place au lendemain de la libération. Le gaullisme social, dont aime à se réclamer le chef de l’état français, se révèle n’être qu’un concept marketing lui permettant d’avancer masqué, afin d’imposer aux français de profondes modifications du pacte social.
 Alliant rhétorique alarmiste, poncifs écules et discours martial, le gouvernement (avec l’assentiment de l’aile dure du MEDEF) s’est donné pour mission de mettre en œuvre un programme qui vise tout bonnement le démantèlement de l’état providence à la française. Denis Kessler, ex numero2 du MEDEF, se félicite que le gouvernement ait entrepris -sic- « De défaire cette architecture singulière et complètement dépassée, inefficace et datée -le modèle social français- produit du CNR » (in Challenges 4/10/2007). La France, nous dit-on, est au bord du précipice, l’assurance vieillesse, fragilisée par le vieillissement de la population est à l’agonie. Le ratio actifs/retraités se dégrade inexorablement.
 La proportion des 60 ans et plus par rapport aux 25-59 ans de l’ordre de 40% en 2000, passerait selon les projections à 70% en 2070(1). Le déficit des caisses de retraites est chiffré pour 2009 aux alentours de 10 milliards d’euros. Ajoutez à cela un François Fillon évoquant des besoins de financements n’ayant aucune réalité comptable de plus de 100 milliards d’euros, et voila l’opinion prête à ingurgiter une nouvelle lampée de potion amère.
Et le P.S dans tout cela, qu’a-t-il a proposer? Pas grand chose, si ce n’est un alignement non assumé sur les positions du gouvernement. Martine Aubry s’imagine prête à déshabiller pierre pour habiller paul. Prenons à ceux qui ont un peu (rallongement de la durée de cotisation pour la masse des actifs) pour donner à ceux qui ont encore moins (les cotisants qui ont un emploi dont la pénibilité est reconnue). Au delà des oppositions de façades une évidence s’impose ; il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille à cigarette entre une droite ambitionnant de passer d’un état réducteur de risques à un état producteur de risques et un P.S sans cap et naviguant à vue depuis sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2002. Ce constat est de surcroit aggravé par l’alignement des élites médiatiques sur le diagnostic et surtout sur les solutions proposées par la majorité présidentielle et la gauche de gouvernement. En clair, l’allongement de la durée de cotisation ou l’amputation des pensions.
Nicolas Sarkozy amateur de phrases-choc affirme le 20/09/07 lors d’une interview télévisée « Ce sur quoi on ne doit pas transiger c’est le principe d’égalité, d’équité, tout le monde doit cotiser 40ans voila ! ». Mais ou est l’équité quand l’ancien président de Veolia se retire avec une retraite chapeau de 1 million d’euros par an, après avoir cotisé 38 ans et demi ? Ou est l’égalité quand la base de calcul de sa pension correspond à ses trois derniers exercices, alors que la règle est le calcul sur la base des 25 dernières années (règle que le président Sarkozy ambitionne d’appliquer au secteur public) ? En cette matière comme dans bien d’autres, le président et sa majorité ont fait un choix idéologique : la casse sociale et le report sur les plus faibles de la charge de la solidarité nationale.
Si ce choix n’est pas condamnable en lui-même (la démocratie doit pouvoir supporter l’affrontement de visions sociétales différentes), n’est-il pas pour le moins discutable de le présenter comme seul horizon possible et indépassable ? Posons-nous la question de savoir si l’emploi de chiffres faux ou imaginaires, de rapports et expertises tronqués ou orientés relèvent véritablement de la pratique démocratique. Pourtant des pistes de réflexions divergentes, contrepoids au discours convenu, martelé par le microcosme politique et médiatique, existent.

Prenons en exemple la tautologie posant que le nombre d’actifs cotisant par retraités étant en régression, il est impératif de rallonger la durée de cotisation. Que la France soit passée de 4 actifs pour un retraité en 1960 à 2 pour 1 en 2000, et que l’on en prévoit 1,5 pour 1 en 2020, personne ne le nie. Mais qui souligne parmi les cassandres, que la productivité des actifs a augmenté de façon significative? En effet 2 actifs produisent aujourd’hui 1,5 fois plus que les 4 d’il y a 60 ans et qu’à l’orée 2020 1 actif produira plus que 2 aujourd’hui (1)! Le problème n’est donc pas démographique, il est d’une autre nature : l’emploi des actifs en âge de travailler. Pas de travail pas de cotisants ! 
Le gouvernement n’a apparemment pas l’intention d’aborder, lors des discussions avec les partenaires sociaux, la thématique pourtant essentielle, du partage des richesses. Ecoutons la Banque des Règlements Internationaux (BRI), institution réunissant chaque mois les banquiers centraux de la zone Europe dans l’optique de coordonner les politiques monétaires, lancer un cri d’alarme : « La part des profits est inhabituellement élevée à présent (et la part des salaires inhabituellement basse). En fait l’amplitude de cette évolution et l’éventail des pays concernes n’ont pas de précédent dans les quarante-cinq dernières années. »(1). Ainsi, la chute de la part des salaires chiffrée à 9,3% entre 1983 et 2006(2) et rapportée au PIB de la France (1800 milliards d’euros) a par effet de vases communicants le passage de 120 à 170 milliards d’euros du travail au capital(3). Ces chiffres sont à mettre en perspective avec les déficits de la sécurité sociale et du régime des retraites (respectivement 15 et 10 milliards d’euros) et peuvent être expliqués par trois causes :
1- Le ralentissement de la croissance entraine des suppressions massives de postes et la stagnation des salaires, ce sont autant de salaires non versés.
2- La flexibilité de l’emploi et son corollaire, les salaires irréguliers.
3- La hausse des cotisations sociales et l’allongement de la durée de cotisation pour les retraites.
Gageons que les solutions alternatives, reposant sur la taxation de ces 120 à 170 milliards d’euros, ne seront évoquées qu’à la marge, il est des tabous qu’on ne lève pas.
Autre piste que les décideurs et commentateurs ne portent pas à la connaissance du public, la redéfinition d’un cycle de vie ternaire – la formation/ le travail / l’inactivité – hérité de la période fordiste. Selon les projections de la Direction de l’Animation de la Recherche des Etudes et de la Statistique (DARES), la durée de vie professionnelle devrait passer, en moyenne de 37 ans et demi pour les hommes nés en 1950 à 35 ans pour ceux nés en 1970(4).
Comment alors, penser un système reposant sur un allongement de la durée des cotisations alors que les trajectoires professionnelles sont amenées à se raccourcir ? Il serait judicieux de prendre en compte, dans une économie reposant de plus en plus sur du travail non-marchand, les activités sociales indirectement productives, telles que l’éducation des enfants, les activités associatives ou bénévoles.
A écarter sans les considérer ces éléments de réflexions, données économiques et sociologiques édifiantes, par parti pris idéologique, le gouvernement prend un risque potentiellement explosif sur le plan de la cohésion nationale. Comment assumer le cout social d’une régression amenant à la situation prévalant au début des années 70 (ou vieillesse rimait avec pauvreté, 28% des retraités étaient alors considérés comme pauvres), en cette période de crise ? Notons bien que la situation actuelle dessine en creux cette tendance. En imposant un allongement de la durée de cotisation, la loi de 1993 a entrainé une baisse de 10% du montant général des pensions pour les nouveaux retraités(5). De 19% touchant le minimum contributif en 1990, ils sont plus de 40% en 2009(6). Même avec une carrière complète, la pension d’un salarié moyen, calculée selon la réglementation actuelle est inferieure de plus de 30% à celle calculé selon les règles en vigueur au début des années 90(6). Avec son corollaire : 11% des plus de 65ans sont des retraités pauvres(6)…
Le débat sur la réforme des retraites, c’est une évidence, est le réceptacle d’enjeux décisifs et ne doit pas être laissé à la discrétion des élites (politiques ou médiatiques) qui, elles, ne souffriront pas des tours de vis à venir. Le maintien de la cohésion nationale passe par l’implication du plus grand nombre à l’échange intellectuel précédant la prise de décision politique. Mais cette condition ne peut être effective que si le pouvoir en place change son approche didactique et qu’il se remette en question. Le système de retraite par répartition, au-delà d’être une assurance sociale, est aux yeux de la majorité des français, un bien public qu’ils souhaitent transmettre aux générations futures, non pas vidé de sa substance, mais au contraire pérennisé dans sa forme égalitaire et solidaire.
Alors que le gouvernement s’apprête à proposer une fois de plus aux citoyens français sonnés par la crise, de se serrer la ceinture, Nicolas Sarkozy à l’opportunité d’acquérir la stature d’homme d’état qu’il semble avoir du mal à embrasser depuis son accession à la magistrature suprême.
En favorisant l’intégration au débat d’éléments contredisant le dogme officiel et permettant de faire évoluer le système des retraites au bénéfice du plus grand nombre le président fera œuvre utile et démontrera, à ceux qui en doute encore, qu’il est bien le président de tout les français.

Ahouansou Séyivé

(1)  Luci Ellis et Kathryn Smith «The global upward trend in the profit share » Banque des Reglements Internationaux Working Papers, N°231, Bale Juillet 2007.


(2) Michel Husson “La baisse tendancielle de la part salariale”.

(3) Jacky Fayolle, ancien directeur de l’Institut de Recherche Economique et Sociale.

(4) O. Marchand, C. Minni et C. Thelot, « La durée d’une vie de travail : une question de génération ? », DARES, Premières Synthèses n°50.2, 1998.

(5) « Les effets de la réforme de 1993 sur les pensions versées par e régime général » Retraite et société n°54 Paris Juin 2008.

(6) S. Benallah, P. Concialdi, M. Husson et A. Math, « Retraites : les scénarios de la réforme », Revue de l’IRES n°44, Noisy Le