Ce mode de règlement est inhérent à la culture africaine où la palabre a toujours favorisé l'idée de conciliation et de bonne entente, permettant ainsi d'organiser et de préserver la paix.
Sur le continent noir, ambassades mobiles et procédures de ce genre ont toujours existé.
Les intermédiaires polyglottes composant ces structures ont souvent été des faiseurs de paix. Agents de la diplomatie de l'oralité, ils étaient désignés par les souverains africains. Ils ont perdu leur légitimité lorsque les chefs traditionnels ont abdiqué leur autorité au profit de celle du colon. Il est évidemment regrettable que cette recherche du consensus, pourtant fondamentale que symbolisait la palabre, se soit progressivement estompée pour finalement disparaître dans le cadre rigide et européanisé de l'Etat africain, soi-disant moderne.
Du choix des médiateurs...
Une équipe des médiateurs doit être constituée, dans la mesure du possible, de personnalités parées de qualités indiscutables, tant sur le plan de la morale que sur celui de l'éthique et ayant de surcroît, suffisamment d'expériences dans les négociations diplomatiques.
Aujourd'hui l'Afrique est le théâtre d'un nombre sans cesse croissant de crises. Plus d'une vingtaine de pays vivent une ou plusieurs situations de conflit ou de guerre civile.
Deux pays en Afrique semblent s'illustrer dans le domaine de la médiation, l'Afrique du Sud et le Sénégal, diamétralement opposés ils ont pourtant un point historique similaire.
Si le poids de L' Afrique du Sud se justifie par sa puissance économique, il n'en est pas de même du Sénégal qui a des moyens très limités et qui évolue dans un contexte sous-régional difficile. Cependant historiquement, ils ont connu d'extrêmes tensions internes. Pour l'Afrique du Sud il y a eu le traumatisme lié à l apartheid, quant au Sénégal, ce pays a connu et connaît toujours des troubles en Casamance.
Il est nécessaire de préciser que, si le Sénégal n'a pas la même puissance matérielle que l'Afrique du sud, en revanche, ce pays fait montre d'une diplomatie offensive se concrétisant par la présence de ses ressortissants au sein des instances décisionnelles des organisations internationales.
Revenons au médiateur; celui-ci pour accroître ses chances de succès doit impérativement s'imprégner de la culture et de l'histoire des protagonistes. Il doit veiller, dans l'optique africaine, à préserver l'honneur de tous.
Ce n'est qu'en procédant ainsi qu'il peut rétablir l'harmonie et la paix
Problèmes actuels de la médiation en Afrique...
Ils sont nombreux et de différente nature. Citons comme exemple le choix des personnalités, qui est parfois discutable. Annoncé pour faire partie de la délégation des cinq chefs d' Etat Africain devant se rendre en Côte d'Ivoire, le président burkinabé s'est retiré face à l'hostilité des ivoiriens, en raison de ses déclarations. Mais était-il réellement à sa place dans cette délégation?
Un autre problème est celui du non-respect et de la mise en oeuvre des accords par le protagoniste qui semble avoir peu de chance de sortir victorieux du conflit. Cela a été le cas lors de la crise ivoirienne lorsque le camp Gbagbo s'est refusé à suivre les recommandations de la médiation du sud africain Mbeki.
De plus, il n'est pas rare que se posent des problèmes de leadership. Une fois encore, l'exemple ivoirien est éclairant.
Certaines divergences s'expliquent par la bataille de positionnement opposant les présidents Sud-Africain et Nigérian dans l'optique de l'obtention d'une place au Conseil de sécurité de l'ONU.
La médiation africaine souffre également d'un manque de considération et de crédibilité.
On est en droit de penser que l'Afrique est écartée lorsqu'il s'agit du règlement de ses propres conflits. L'ayant constaté, et, souhaitant l'éviter dans la recherche d'une solution pour le cas de la Libye, le Gabonais Jean Ping a mis en garde la fameuse communauté internationale en affirmant que: " la Libye se trouve en Afrique,on ne peux pas trouver une solution en écartant l'Afrique".
Se pose également un sérieux problème d'indépendance et d'ingérence dans les affaires africaines.
En effet, depuis 1996, l'Union Européenne a choisi une approche régionale pour la prévention, la gestion et le règlement des crises en Afrique.
La CDEAO, par exemple, reçoit plusieurs millions d'Euros. En contrepartie, elle se fait assister pas des experts occidentaux. Cette générosité sur des problématiques aussi sensibles et complexes lorsqu'il est question de médiation peut-elle être synonyme de neutralité?
Quelles perspectives pour une médiation qui exclut les forces vives de l'Afrique: société civile, acteurs privés?
Malgré cela, l'optimisme reste de mise car, avant d'être terre des conflits, l'Afrique est d'abord et surtout terre des débats.
Malgré cela, l'optimisme reste de mise car, avant d'être terre des conflits, l'Afrique est d'abord et surtout terre des débats.
Ondoua Patrice Docteur en Sciences politiques, diplômé en 3ème cycle de Relations internationales.

Un expose de l'importance du role du mediateur dans la tradition africaine clair et concis, simple sans etre simpliste puisque judicieusement ramene a sa dimension actuelle et a sa necessite dans les affaires africaines, en particulier dans le conflit ivoirien. Souhaitons que l'arbre a palabre sous lequel nous echangeons puisse etre un moteur dans la dynamique de l'autonomie africaine...
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