"L'avenir n'est fait que d'incertitude. Humains et éphémères, nous l'oublions trop souvent". Ahouansou Séyivé

mercredi 30 novembre 2011

De Laurent Gbagbo, du droit international et de la CPI...


Si Les voies du seigneur sont impénétrables, celles de la justice pénale internationale s’apparentent à une autoroute à sens unique, reliant l’Afrique à la cour pénale de la Haye. Cette voie rapide, balisée par les puissances occidentales, Laurent Gbagbo l’a emprunté le Mardi 29 Novembre. 
Par  voie aérienne en direction de l’aéroport de Rotterdam, à bord d’un avion "gracieusement" affrété par l’armée française, puis par voie terrestre en direction de la prison de Scheveningen. 



Les mains propres...



Alassane Ouattara, le Ponce Pilate ivoirien, n’aura pas besoin de se laver les mains, le sale boulot aura été abattu par Guillaume Soro, mais surtout par l’ami Nicolas Sarkozy. Un homme attentionné ayant poussé la délicatesse jusqu’à déloger l’ancien chef d’état ivoirien de sa résidence abidjanaise avant de lui offrir un billet d’avion gratuit pour les Pays-Bas.  L’épilogue de la crise née à la suite de la contestation des résultats du second tour de l’élection ivoirienne était prévisible et attendu. Dans un ordre juridique international où force fait droit, le transfèrement de Laurent Gbagbo vers la CPI n’était qu’une question de temps d’autant plus que le nouveau contremaitre ivoirien, le préfet-sident  Alassane Ouattara n’a jamais brillé par sa finesse politique.  Alors que les bandits en babouches du CNT, amis du comique troupier BHL, ont tenu à juger le fils Kadhafi eux-mêmes, le chef d’état ivoirien a préféré se débarrasser de l’homme ayant rassemblé il y a un an, la moitié des suffrages ivoiriens, cela deux semaines avant la tenue d’élections législatives qui seront , sans doute aucun, transparentes et démocratiques…  



Temps long et perspectives...



Le renvoi  de l’ex-président ivoirien dans le box des accusés de la CPI est à analyser non pas à travers le prisme de la politique interne ivoirienne mais l’aune des enjeux géopolitiques internationaux. Cette nouvelle donne ayant consacré une France bras armé des Etats-Unis en  Afrique, ayant procédé, au nom de la fameuse « Communauté internationale », à la mise à jour partielle du partage berlinois de 1885. En effet il faut se  replacer dans un temps long et adopter une perspective plus large pour contextualiser et redonner tout son sens à la mascarade judiciaire qui va nous être servie par la CPI.  Il est également nécessaire de s’écarter de la dialectique imposée par les médias de masse occidentaux en général , français en particulier, qui ont transformé une situation politique interne complexe, modelée par la réalité souterraine des rapports de force internationaux en affrontement binaire et manichéen entre le méchant Laurent Gbagbo, «l’africain», et le gentil, car presque blanc, Alassane «voyez ma femme » Ouattara. 
Il faut comprendre l’absence d’objectivité des médias français comme la manifestation involontaire des forces invisibles (non mystiques ou occultes mais œuvrant  à l’abri du regard du public) qui permettent à la France et ses entreprises de maintenir une présence intéressée et spoliatrice sur le sol africain. 

Par ailleurs, cette présence subie à contrecœur par les dirigeants africains ne peut être l’objet de contestation. La situation économique catastrophique du bloc occidental impose de facto la mise au pas des récalcitrants. Laurent Gbagbo qui s’était manifesté à l’ancien maitre par son insolence et une relative liberté de ton ne pouvait qu’être écarté du pouvoir. Sa volonté de ne pas respecter le diktat élyséen amenât  Sarkozy à personnaliser l’affrontement. Dès lors son sort était scellé et le châtiment à venir, exemplaire. Au grand dam d’Alassane Ouattara, une sortie à la Kadhafi lui sera épargnée.  Il  sera à la place, exposé telle une bête de foire, dans le box d’une cour internationale, émanation d’une justice qui loin d’être aveugle est totalement instrumentalisée.



La sélection naturelle...



Alors que les plus grands criminels internationaux se recrutent  majoritairement dans les pays occidentaux : M.  Kissinger responsable des bombardements des populations civiles au Laos et au Cambodge, de l’installation de Pinochet et du renversement d’Allende , de la tentative d’assassinat de Mgr Makarios à Chypre entre autre méfaits,  messieurs Bush, Cheney et  Rumsfeld responsables au bas mot de la mort de 655 000 civils irakiens au cours de la fameuse seconde guerre d’Irak, d’un coup d’état lamentablement manqué en 2002 contre Hugo Chavez, messieurs Obama, Cameron et Sarkozy responsables de la guerre en Libye, ayant coutée la vie à plusieurs dizaines de milliers de civils libyens, Laurent Gbagbo se voit attrait devant la CPI  pour les 3000 morts du conflit post-électoral ivoirien. Est-il manquer de respect aux victimes de ce conflit, attisé délibérément par la France et la «Communauté internationale» (refus du recomptage des bulletins de vote au profit d’un bain de sang), que de dire que la qualification de crime contre l’humanité chantée à tue-tête par  les thuriféraires de l’ordre juridique international, ne repose sur rien d’autres que des  hypothèses  non vérifiées et une distorsion de la réalité ? 




Honneur à l'Afrique...




Le rapport sur le massacre de Duékué, imputable aux brigands armés ouattaristes (soutenus par une France qui ne peut s’empêcher d’être partie liée aux génocidaires et criminels de tout poil opérant sur le sol africain…), rédigé par l’organisation humanitaire pourtant partisane Human Right Watch, dressait pour ce seul méfait une fourchette de 800 à 1500 civils tués. Alassane Ouattara, autorité suprême de cette soldatesque devrait, selon les règles élémentaires de l’algèbre se trouver aux cotés de Laurent Gbagbo, s’il était réellement question de rendre justice.
Il n’est pas question de deux poids deux mesures, car  l’on serait encore dans le cadre d’une justice respectant des règles vérifiables car quantifiables. Non il s’agit d’une justice folle et opportuniste, contextuelle et arbitraire, que Clausewitz aurait pu qualifier de poursuite de la politique par d’autres moyens. Le chef d’état africain était déjà réputé pour sa valeur bon marché sur le plan politique : il ne coutait pas grand-chose de le porter au pouvoir et une fois installé, il n’était pas onéreux de le soudoyer.  Il est aujourd’hui de notoriété public qu’il est facilement transférable devant la CPI, et  est le seul type de chef d’état qu’on y juge.  La CPI devrait penser à s’installer en Afrique, elle réduirait ses frais et n’ayant vocation à juger que les récalcitrants continentaux elle prendrait toute sa dimension…



Un avenir en pointillé...



Jean Ping avait gesticulé il y a quelques mois, menaçant les européens qui  financent  l’organisation qu’il représente, l’UA, de créer une juridiction pénale propre à l’Afrique.  Force est de constater qu’il s’agissait de paroles en l’air qui ne pouvaient être suivies d’effet. L’Afrique et les africains s’apprêtent à boire une pleine coupe de potion amère lors de la tenue des audiences à venir.  L’humiliation de la capture de Laurent Gbagbo par les troupes françaises, maquillée en victoire de l’armée d’Alassane Ouattara, ne sera rien face à la mise en scène racoleuse  à venir.
La vérité nue et froide s’impose aux peuples africains aujourd’hui et plus que jamais, la liberté et l’indépendance n’ont toujours pas trouvé le chemin devant les mener au continent noir. La configuration des rapports de force, et les affrontements bloc à bloc à venir, incitent au pessimisme. L’Occident et plus particulièrement les Etats-Unis sur le déclin, vont chercher à garantir leurs positions et leurs intérêts, notamment en Afrique où la lutte avec la Chine fera deux victimes déjà désignées : l’Afrique et ses populations. 

Le plan américain de recolonisation de l’Afrique,  ébauché avec l’AFRICOM, a pris forme avec le renversement de Laurent Gbagbo et l’assassinat de Mouammar Kadhafi. Dans la foulée, le prix Nobel de la guerre, Barack Obama a annoncé le 14 octobre dernier l’envoi de troupes spéciales en Ouganda. Bien évidemment les raisons invoquées pour justifier le déploiement d’hommes et l’acheminement de drones,  afin de lutter contre une LRA* qui ne compte que 400 hommes, sont d’ordre humanitaire.  
Ce mensonge peu discuté dans les grands médias n’est qu’une étape qui verra le déploiement  de troupes américaines  en RDC et au Sud-Soudan. La lutte avec la Chine promettant d’être rude, il est impératif pour l’Oncle Sam de disposer de forces sur places. A terme les Etats-Unis prévoient d’installer plus de 120 000 hommes en Afrique, pour lutter disent-ils, contre le terrorisme…




La force ne fait ni droit ni justice...




Le contexte international indique que l’Afrique sera, pour les décennies à venir, le continent-trophée que se disputeront occidentaux et chinois. L’Afrique récoltera mécaniquement  ce qu’elle sème aujourd’hui, notamment les effets secondaires du lâchage en règle de Laurent Gbagbo par ses pairs africains. Aux yeux de l’Occident, il ne s’agit aucunement de justice, mais de l’imposition d’un rapport de force et d’une mise en garde. Au-delà de la tragédie personnelle pour Laurent Gbagbo et ses proches,  au-delà des troubles inter-ivoiriens que risque de déclencher cette forfaiture, c’est  une certaine image de l’Afrique qui  se dessine en creux. Celle d’une Afrique inféodé aux multinationales occidentales, sous tutelle et qui fait peu de cas de sa fierté. Les dégâts causés par cette énième humiliation dans l’inconscient collectif africain, ne se mesureront qu’avec le temps, mais une chose est certaine, il n’y a pas matière à se réjouir pour l’Afrique. Il faut ici le répéter, il ne s’agit pas de justice,  mais de rapports de force internationaux. 
Il faudrait être tombé bien bas pour reconnaitre à l’Occident la moindre parcelle d’une légitimité lui permettant d’assurer le respect de la justice et des droits humains, lui qui sait si bien les bafouer lorsqu’il est question de sa survie et de la défense ses intérêts…





Ahouansou Séyivé 




*LRA: Lord's Resistance Army




dimanche 6 novembre 2011

La poussée d’Archimède…


Tout corps plongé dans un liquide reçoit une poussée verticale dirigée de bas en haut, égale au poids du volume du liquide déplacé. Voici sommairement exposé le principe physique auquel est soumise toute action politique inavouable. Les eaux sombres du marécage dans lequel macèrent les velléités hégémoniques de l'Etat français n’échappent pas aux lois de la physique, et c’est bien heureux ! 
Dans un article publié le 6 Novembre par la rédaction de Médiapart*, le spectre des coups tordus et de la barbouzerie la plus triviale refait surface et met en perspective les récents évènements ivoiriens. 


L'attaque du quartier général français de Bouaké...


Il apparait clairement que l’histoire n’est pas encore écrite et pour qui veut se pencher sur le dossier Gbagbo avec un minimum d’objectivité, le storytelling officiel n’est aucunement source de vérité ou d’éclaircissement. Un bref retour sur les faits les plus saillants de cette enquête journalistique, qui risque de faire grincer les dents des caciques UMP, s’impose. 
Le 6 novembre 2004, deux avions de chasse ivoiriens bombardent délibérément le  lycée Descartes de Bouaké, quartier général des troupes françaises d'infanterie de marine du colonel Patrick Destremeau. 
Les pertes sont très lourdes : neuf militaires français et un civil américain sont tués, trente-huit autres soldats sont blessés. Furieux, l’état-major français réagira sans délai, avec l’onction de l’Elysée: les deux avions sont détruits au sol par des tirs de missiles français, dans les minutes qui suivent leur atterrissage, le reste de l’aviation ivoirienne le sera quelques heures plus tard. 
Le déroulé de l’opération semble clair, les forces aériennes ivoiriennes ont volontairement bombardé des positions françaises, semant la mort et la désolation. 
Cet acte de guerre délibéré démontre le caractère dangereux de Laurent Gbagbo, alors homme fort de la Côte d’Ivoire, chassé du pouvoir le 6 avril 2011 grâce à l’action conjointe de  la Force Licorne et de l’ONUCI. 


Un bouc-émissaire nommé Gbagbo?


Les premiers éléments de l’enquête portés à la connaissance des français ne laissent pas la place au doute: la volonté de nuire est évidente. Ils permettent également de préparer psychologiquement l'opinion publique au renversement par les armes du président ivoirien, en lui façonnant un profil de «méchant» sur mesure.  
Mais rien ne se passera comme souhaité, il faudra onze années à l’état français pour parvenir à ses fins, en clair: le remplacement de Laurent Gbagbo par Alassane Ouattara. Ce coup d’état déguisé en lutte pour la démocratie, aura couté cher aux ivoiriens: plusieurs milliers de morts et l’unité nationale
Le  pays végéte aujourd’hui dans un état de tensions politico-ethniques préoccupantes. 
Pour les français, le prix aura été moindre mais dans le symbole tout aussi important, car si les révélations contenues dans l’article de Médiapart s’avère être confirmées il s’agit là d’un mensonge d’état ayant entraîné la mort de militaires français. 


Une affaire plus complexe qu'il n'y parait...


Plusieurs éléments, révélés par le journaliste Alexandre François, sont de nature à causer des sueurs froides à Jacques Chirac, Dominique de Villepin et à l’ancienne ministre des Affaires étrangères, Michelle Alliot-Marie. Selon ses informations, l’attaque du quartier général des troupes françaises à Bouaké serait due à un false-flag,  une intoxication émanant d’une source militaire française et indiquant à l’état-major ivoirien la tenue présumée d'une réunion des chefs rebelles dans les locaux bombardés. 
Ceci explique les réticences françaises apparues lors de l’instruction. 
Sept ans après le drame, l’avocat de plusieurs familles des victimes, Me Jean Ballan affirme que «Tout s'est arrêté. Aucun acte de procédure significatif n'a plus été effectué depuis un an et demi». 
Il est aisé de comprendre pourquoi ! Il est en effet plus que délicat de révéler publiquement que l’exécutif  a sciemment laissé massacrer des militaires français. Il est plus que délicat de mettre sur la place publique les obscures motivations ayant pour seul objectif de décrédibiliser le gouvernement ivoirien d’alors, et justifier une escalade militaire rendant son départ inéluctable. 
Le maquillage grossier des preuves de cette bavure peut être étayé par les indélicatesses dont ont fait l’objet les dépouilles mortelles des soldats. 
Les corps, conservés dans des sacs mortuaires et des cercueils plombés, ont été enterrés à la va-vite sans avoir été lavés et correctement habillés. 
Certaines dépouilles ont été adressées aux mauvaises familles. En violation de la procédure en vigueur et applicable dans le cadre d’une enquête de cette nature, nulle autopsie n’a été ordonnée. 


Ou comment filer à la biélorusse...


Cet empressement à escamoter des éléments essentiels à l’instruction est à mettre en perspective avec le sauf-conduit dont ont bénéficié les deux pilotes biélorusses ayant mené le raid. Ces derniers détenus pendant quatre jours par des forces spéciales qui les ont auditionnés, sont relâchés dans la nature. Ils ne se feront pas prier pour plier bagages. Arrivés à la frontière togolaise, ils sont accueillis par la secrétaire de celui-là même qui les avait recrutés pour le compte de l’armée de l’air ivoirienne: Robert Montoya, ancien gendarme de l’Élysée, à l’époque de la présidence de François Mitterrand. 
Les pilotes biélorusses échapperont miraculeusement une nouvelle fois aux rigueurs de la justice française. 
Le ministre togolais de l’intérieur désireux de couvrir ses arrières, propose alors aux autorités françaises de leur adresser le colis encombrant. Peine perdue ! Au bout de dix jours, devant le refus du représentant local de la DGSE de réceptionner les deux pilotes, conformément à une recommandation venue de Paris, ces derniers sont élargis. Direction le guichet d’embarquement et Moscou, où bien évidemment ils s’évanouiront dans la nature. 


Balbutiements en haut lieu, barbouzerie et françafrique...


Cette fuite rocambolesque aurait de quoi faire sourire, mais elle est partie intégrante d’une crise majeure entre la France et la Côte d’Ivoire se soldant par la mort de militaires français et celle, bien souvent passée sous silence, de dizaines de civils venus manifester devant l’hôtel Ivoire le 9 novembre 2004. Précisons que ces faits n’ont également pas été jugé et que de nombreuses victimes ivoiriennes attendent toujours réparation. Il est difficile, aux regards des éléments matériels ressortant de l’instruction, d’expliquer les errements des autorités françaises concernant l’appréhension des pilotes présumés responsables du décès de 9 soldats. 
Les dénégations des autorités, explicitées dans l’article de Médiapart, sont incohérentes et maladroites. 
Paris savait que ces hommes avaient pris part directement au bombardement. 
Dans ce cas pourquoi les avoir laissé s’enfuir alors que leur arrestation n’eut soulevé aucune difficulté ? Pourquoi faire traîner l’instruction et empêcher par-là même les familles des victimes de faire leur deuil ? Pourquoi avoir bâclé cette même instruction en n’effectuant pas, par exemple, les autopsies ? Au nom de la trop fameuse raison d’état ? 
Si ces informations portées se voient confirmées, les responsables d’alors sont au centre d’une énième scandale éclaboussant la Françafrique. 
Elles mettent en perspective les véritables ressorts sur lesquels repose l’intervention de la Force Licorne. 
A-t-on au nom de raisons de basse politique entraîné un pays dans le chaos et causé la mort de milliers de civils innocents ? 
A-t-on, au nom du peuple français, semé les germes d’un ressentiment légitime envers la France? 
Alors que la commission d’enquête parlementaire concernant l’intervention de la Force Licorne n’a toujours pas été mise en place par la Représentation parlementaire (Voir ici...), les fantômes de Bouaké se rappellent à notre bon souvenir. 
Ils pointent, sept ans jours pour jours après la survenance des faits, l’irresponsabilité chronique de nos gouvernants en matière de politique africaine. 
Ils mettent en lumière un des travers essentiel de la Vème république : le tropisme de celle-ci pour les coups tordus et les actions barbouzardes lorsqu’il s’agit d’Afrique, de Françafrique pour employer le mot juste. 


Afin que la justice soit rendue...


Réaffirmons-le avec force: seule la vigilance et l’investissement de chaque citoyen dans la défense des valeurs essentielles définissant notre pacte social et un contrôle véritable des conditions d’exercice du pouvoir peuvent forcer nos décideurs à agir avec plus de rectitude. 
Si la politique internationale est traditionnellement le domaine réservé du chef de l’état, la politique de la cellule africaine du gouvernement est celui d’une coterie politico-mafieuse qui piétine autant qu’elle le peut les principes qui sont les nôtres. 
Il est de notre devoir de reverser cette idole. 
La politique françafricaine est l’affaire de tous puisqu’elle est menée en notre nom commun. Détourner le regard n’est plus souhaitable. L’action, visant à la mise place en d’une commission d’enquête parlementaire sur l’intervention de la Force Licorne, entreprise au mois d’avril dernier, a été formalisée par les parlementaires le 25 juillet 2011 par un dépôt de texte préparatoire. 

Signer et diffuser la pétition soutenant ce projet est une réponse, parmi tant d’autres, à apporter aux dérèglements de l’action des femmes et des hommes qui nous représentent. 
N’hésitez pas à rejoindre cette initiative citoyenne. 




Ahouansou Séyivé


mercredi 2 novembre 2011

Les maîtres-menteurs...

La poignée de main au condamné...

Les informations, relatives à la capture suivie de l’exécution sommaire de Mouammar Kadhafi, s’additionnent depuis le jeudi 20 Octobre. 
Elles dévoilent, dans un crescendo barbare, la véritable nature des combattants autochtones qui ont pris part à la chute de la Jamahiriya arabe libyenne. Elles mettent également en lumière responsabilité pénale et la pratique cynique du mensonge d’État de gouvernants occidentaux ayant œuvré de concert à l’assassinat du Guide. 
Barack Obama, le prix Nobel de la guerre interrogé dans l’émission télévisée The Tonight Show, a eu des paroles claires.(1) 
Il s’est fait l’écho du discours tenu par ses alliés, mettant un point final à une guerre crapuleuse, se soldant par la mort de milliers de civils. 



L'assassinat de chef d'état, la nouvelle doctrine occidentale...



Les mots du président américain sont sans équivoque. Répondant à  Jay Leno, il a péremptoirement déclaré qu’"à l’évidence, on n’aime pas voir qui que ce soit finir de la façon dont il a fini, mais je pense que cela envoie un message fort aux dictateurs à travers le monde". 
Cette déclaration est riche en enseignements, et pour qui sait lire entre les lignes, elle s’apparente à une menace non-voilée émanant du général en chef de l’action terroriste occidentale. 

Est édictée de manière lapidaire et sibylline, la nouvelle doctrine de l’Axe du bien : L’Occident liquidera les dirigeants du Sud récalcitrants, refusant de le financer, selon des conditions unilatéralement par lui imposées. Les images d’un Kadhafi tabassé, vraisemblablement sodomisé à l’aide d’un bout de bois avant d’être abattu d’une balle dans la tête, sont de nature à inciter à la docilité tous ceux qui regimberaient à accepter les diktats édictés par Barack Obama et ses complices. 

La résolution 1973 du 17 Mars 2011, légalisant l’action prédatrice de l’Otan et de ses alliés arabes (le Qatar ayant mis à la disposition des «démocrates» du CNT des centaines de combattants selon le chef d'état-major qatari, le général Hamad ben Ali al-Attiya) n’était qu’une vaste fumisterie. 
Le dévoiement de la légalité internationale, mise au service des politiques de rapines occidentales, est une nouvelle fois éventé: le texte de la résolution onusienne ne prévoyait aucunement l’assassinat du guide, uniquement l’interdiction du survol de l’espace aérien libyen et la protection des populations civiles. Les bombardements répétés de sites d’où ne décollait aucun aéronef militaire et qui n’étaient à l’évidence que de simples bâtiments susceptibles d’abriter Mouammar Kadhafi, ne laissaient pas la place au doute. La volonté de Barack Obama et de ses alliés, David Cameron et Nicolas Sarkozy, était limpide comme de l’eau de roche : le chef d’Etat libyen devait mourir. 



De la peine de mort en droit international...



Les révélations du Canard enchaîné, sont autant de clous enfoncés dans le cercueil où repose à présent la vérité mensongère des vainqueurs.(2) 
Localisé à Syrte à la mi-octobre et pris au piège dans un quartier de la ville le 19 du même mois, Kadhafi était, selon un colonel du Pentagone échangeant des informations avec un officiel des services secrets français, "impossible à manquer". 
Selon ce même officier, laisser Kadhafi en vie serait «une véritable bombe atomique». Nul n’ignore l’effet dévastateur d’un témoignage, devant une cour internationale, établissant les liaisons troubles entre le Guide, la CIA ou les services secrets français, voire les financements irréguliers accordés à certains hommes politiques occidentaux de premier plan. 
Pour toutes ces raisons ordre est donné d’arrêter, au moyen de drones américains, de mirages F1CR et 2000-D français, la colonne de 75 véhicules quittant la ville. Les bombes et missiles n’ayant pas suffi à "neutraliser" la cible, comme on dit dans le jargon, les forces spéciales françaises faciliteront sa "livraison" à des combattants libyens enragés. Le "travail" sera achevé de la manière que l’on sait… 
Messieurs Obama, Cameron et Sarkozy,  menteurs patentés, pourront afficher la mine grave de circonstance, condamner le lynchage et regretter que la justice internationale ne soit pas passée ou encore juger la réputation du CNT ternie, les faits sont là : l’assassinat politique étant proscrit par le droit international, ils se retrouvent passibles des juridictions internationales. 



La légitimation de la violence... 



Il indiscutable que la légalité ressort grandie de cette séquence ! 
Camoufler un meurtre politique sous le vernis juridique d’une résolution de l’ONU décrédibilise, si besoin était, une nouvelle fois l’ordre juridique international. Celui-ci apparait pour ce qu’il est en vérité : une des armes permettant  à l’Occident de maintenir son hégémonie. La loi du plus fort, règle non-écrite, régissant aujourd’hui encore les relations internationale risque de déboucher sur une légitime course à l’armement émanant des pays du sud. L’Occident concevant les rapports internationaux uniquement sous l'angle de la violence, une plus grande violence des États vivant sous sa menace est inévitable et clairement souhaitable. 
Il ne s’agit pas de promouvoir l’usage des armes, mais le constat de la nécessité d’un rééquilibrage des rapports internationaux qui entraînera mécaniquement le développement des capacités militaires des pays du Sud. 



Démocratie imposée et chaos généralisé...



La pérennisation de la prédation occidentale, débouche invariablement sur  l’instauration de régimes corrompus, mais amis parce que serviles, et une instabilité au mieux larvée, le plus souvent réelle et couteuse en vie. L’exemple libyen est à ce titre un cas d’école. Le CNT, création monstrueuse datant de 2005, est ce qu’il est convenu d’appeler un ramassis de brigands portant babouches. 
Ses leaders,  à l’opposé de l’image dépeinte par le comique troupier BHL, ont  prouvé leur mépris des valeurs démocratiques. L’imposition de la charia, première mesure gouvernementale, imposée en dehors de toute consultation populaire est un exemple édifiant de leur inclinaison pour la démocratie. 
On peut comme M. Juppé se réjouir que "le nouveau pouvoir libyen puisse être une opportunité fantastique pour nous, nos entreprises", mais qu’en sera-t-il pour le citoyen de base ? 

Les personnalités trustant les premières places dans l’organigramme du CNT donnent une indication de ce que réserve l’avenir au peuple libyen. 
Mustapha Abdeljalil, son président, ancien ministre de la justice de Kadhafi de 2002 à 2007, confirma la peine de mort des infirmières bulgares. 
Mahmoud Jibril, numéro 2 du CNT, est un pion étasunien, diplômé d’une université américaine, il est l’auteur d’une thèse sur la politique américaine en Libye. 
C’est quelqu’un qui comprend le point de vue américain dit de lui Gene Cretz, ambassadeur américain à Tripoli. Il aura certainement à cœur la défense des intérêts du petit peuple…  
Autre exemple emblématique, Abdel Hakim Belhaj,  gouverneur militaire de Tripoli, démocrate convaincu à ses heures perdues, est un militant islamiste ayant fait son djihad en Afghanistan, puis pourchassé par la police libyenne. Arrêté par la CIA, il fut remis en 2004 aux autorités libyennes, à l’époque bénie où Kadhafi n’était pas un dictateur sanguinaire dont il fallait à tout prix se débarrasser, mais un allié dans la sainte guerre contre le terrorisme…  

Entre concussion avec les milieux politico-affairistes occidentaux, fondamentalisme religieux et accointances avec certaines mouvances terroristes, le nouveau pouvoir libyen offre toutes les garanties, il y a donc matière à se réjouir ! 
Affirmer que l’avenir de la Libye est radieux est une ineptie qui a pourtant été répétée ad libitum par les membres de la coalition criminelle ayant bombardé et massacré, de façon involontaire et désinvolte, des populations civiles pendant plus de 8 mois... 




Juge et partie...



Les dénégations pathétiques d’Alain Juppé affirmant que l’opération en Libye n’avait fait aucune victime collatérale, démontrent aux citoyens français et aux populations africaines ce que représente la vie humaine aux yeux des  bouchers qui nous gouvernent.(3) 
Mouammar Kadhafi n’était certes pas un parangon d’humanisme, mais aucun décompte, aussi fantaisiste qu’il puisse être, ne pourra le rendre responsable d’autant de victimes civiles que M. Georges Bush, ci-devant défenseur du monde libre et ancien président des Etats-Unis. La très sérieuse revue The Lancet affirmait dans une de ses publications en date de 2006 que l’aviation et l’occupation américaine étaient responsables de la mort de 655.000 irakiens. Comparaison n’est pas raison, il est vrai, mais force est de constater que la justice et la légalité internationale, ne s’appliquent de préférence qu’aux dirigeants arabes et africains, l’Occident se contentant de distribuer certificats de bonne conduite provisoires et admonestations, lorsqu’il ne s’agit pas tout simplement de sentence de mort. 

Sujet  hors-droit international, il en est législateur et juge de l’application. Sa mission de défenseur des peuples oppressés est une escroquerie intellectuelle et morale qui ne supporte pas l’examen de l’histoire et des faits. 
Il est la source principale, directe ou indirecte de l’oppression et de la guerre à l’échelle planétaire. 



Les hauts mur...


Son humanisme intéressé est une injure, chaque jour renouvelée, aux principes universels qu’il a privatisés pour mieux les travestir. 
Avant-hier la Côte d’Ivoire, hier la Libye, aujourd’hui la Syrie, demain l’Iran… 
Chaque destruction, chaque pays dévasté, chaque peuple martyrisé par les bombes de l’Occident ou ses supplétifs locaux est le rappel de sa conception barbare des rapports entre États. La Lybie est entrée grâce à lui dans une ère de violences et de troubles dont nul ne peut prévoir combien de temps elle durera. 
Cette énième déstabilisation pour convenances personnelles d’un État souverain est une nouvelle pierre dans son jardin. Puissent les peuples du Sud se saisir de ces pierres pour construire les hauts murs qui, à l’avenir, les protègeront de l’Occident criminel.



Ahouansou Séyivé



(1)Le mardi 25 octobre 2011. 
(2)In le Canard Enchaîné du 26 octobre 2011.
(3)Invité de la matinale de France-Inter, le mercredi 26 octobre 2011, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, ne peut s’empêcher de mentir, comme à son habitude…